PATRIMOINE L'église



L'église de Savignies renferme de nombreux secrets. Pour visiter cet édifice, vous pouvez, sur demande auprès de la Mairie, prendre rendez-vous pour une visite personnalisée.

L’église de Savignies n’est pas un bâtiment remarquable par son architecture. c’est un monument massif et composite. Construite en moellons de grès ferrugineux du pays, elle fut de nombreuses fois remaniée, réparée et agrandie au cours des siècles, gardant ainsi la mémoire de nombreuses pages de son histoire. C’est là son principal intérêt.
Dès l’arrivée, le visiteur est surpris par ce clocher massif séparé de l’église, « fait unique dans le département» dit Graves en 1851 dans son Précis statistique du canton de Beauvais. Il s’agit en effet d’une ancienne tour du château donnée à la paroisse par un ancien seigneur, probablement Georges II Binet dit Després, déjà seigneur de Reculet ou Herculez selon la prononciation picarde et y résidant quand il devient seigneur de Savignies vers le milieu du XVIè siècle.
De même facture, la croix qui se trouve à droite du porche. C’est l’ancienne croix du cimetière qui entourait l’église jusqu’à la création du nouveau vers 1840, elle se trouvait à peu près à l’emplacement actuel du monument aux morts.
Le porche par lequel nous entrons dans l’église date de 1873, il s’agit très certainement d’une reconstruction plus que d’une création.
A droite de la porte, la pierre funéraire du curé Racinet, originaire de Beauvais. Curé réfractaire de la Chapelle Enchérie en Loir et Cher, il est déporté et arrive à Savignies après l’apaisement du concordat en 1805. En 1817 il rachète à la criée le presbytère qui avait été vendu sous le Directoire en L’an IV et le cède à la municipalité avant sa mort survenue en 1832. Cela valait bien cette marque du souvenir.



L’'incendie de 1592 La baie ogivale :

Dans le mur Est, au-dessus du gisant, la baie ogivale a été obstruée suite à l’incendie du 19 juin 1592.
Nous sommes à la fin des guerres de Religion. Beauvais est tenue par la Ligue, Gerberoy par le seigneur de Mouy pour le compte d’Henri IV, Savignies entre les deux essaie de tirer son épingle du jeu.
Voilà à ce sujet ce qu’en écrit Riquier, bourgeois de Beauvais, contemporain des évènements, dans son Recueil Mémorable « Mouy en vengeance que ceux de Savignies avoient toujours tenu bon à cause de leur fort et ne voulaient payer les tailles, il alla quérir les compagnies de lansquenets, anglois et reîtres qui y vinrent le 18. A Savignies, avant de partir le 19 ils y mirent le feu et y eut une grande désolation et l’église brûlée».
Les traces de l’incendie ont été retrouvées autour de cette ouverture et dans les fouilles faites dans le choeur à la suite de la découverte du gisant.


La découverte d’un Gisant :

Dans la chapelle seigneuriale, le gisant de Jehan de Savignies est une oeuvre de très belle facture, en ronde-bosse, taillée dans une pierre tirée du banc royal de Saint Maximin. Elle a été retrouvée par hasard en 1989 lors de travaux de restauration entrepris par M. et Mme Garin. Elle avait été enterrée juste sous le dallage devant la sacristie. On a immédiatement réalisé qu’il s’agissait de Jehan de Savignies grâce au susdit Graves qui écrivait à propos de ce personnage « il avait un mausolée dans l’église. ». Sur le chanfrein du socle, on trouve les traces de l'inscription suivante : "...VIGNIES CHEVALIERS QUI TREPASSA EN L'AN DE GRACE M.C.C.L.X.X"
Il était fils d’Alerme de Belloy et d’Agnès de Savignies, il est mort en 1270, était-ce lors de la 8 ème croisade?
Ce monument aujourd’hui classé laisse à penser qu’il ne s’agissait sans doute pas du premier hobereau venu. Il est en habit de guerre, avec une cotte de mailles et, passée par dessus, une tunique sans manches. L'armement se résume à une épée longue à pommeau circulaire et à un écu. Symboliquement, la présence de deux chiens, aux pieds, évoque la fidélité du défunt au pouvoir royal.
On lui a raboté le front et les mains en l’enfouissant pour bien caler les dalles au dessus.
Quand a-t-il été enfoui? Les on-dit parlent de la révolution, à moins que ce ne soit lors d’une restauration de l’église après l’incendie de 1592.


Les fouilles ont révélé 4 niveaux de constructions superposées dont les substructures sont visibles dans l’espace creusé près du gisant.
• En 1 : une amorce de voûte en cul de four, construite en rognons de silex, entoure un espace où l'on a retrouvé plusieurs squelettes bien alignés : monument funéraire antérieur à la christianisation ou première église (période située entre le Vè et le VIIè siècle?)
• En 2: une abside semi circulaire révélant une église carolingienne.
• En 3: le chevet plat d’une église romane.
• En 4: le choeur ogival actuel
Chaque étape montre un agrandissement, le dernier s’est même fait sur le cimetière, pour preuve le squelette (5) pris dans la maçonnerie du mur est. Dans l'église, un panneau décrit l'évolution du bâtiment et un second donne un aperçu des inhumations trouvées dans l’église. Une vitrine contient les éléments retrouvés lors des fouilles (carreaux de carrelage ...).


Les blasons

Arrêtons-nous sur les blasons qui ornent cette partie du bâtiment, nous les regarderons dans leur succession chronologique.
Dans l’ancien choeur du maître autel, à droite le blason des Binet Després (1) vers 1541.
Louise, fille de Georges II. épouse Jean Boivin de Grandpré (2).
Leur fille Claude épouse en 1605 Antoine du Biez. Leur fils Claude François du Biez, commande le régiment de Chappes aux batailles de Lens et de Rethel, ce qui lui vaut l’érection de la terre de Savignies en marquisat en 1665. Il finit en exil sur ordre de Louis XIV pour avoir hébergé un condamné à mort que les gens du roi finissent par arrêter dans cette église où des coups de feu furent échangés. Son fils Antoine Oudart du Biez, pour rembourser les créanciers de son père, vend aux dames de saint François une ferme qui était située au centre du village, l’actuel clos Saint François.
Le blason des du Biez (3) se trouve de part et d’autre de l’autel latéral: d’or à trois fasces de sable surmonté de trois merlettes.
La fille de ce dernier, Marie Olympe, épouse Isidore Marie Louis Lotin marquis de Charny qui devient ainsi seigneur de Savignies ; ses armes au pillier du fond du choeur (4).
Leur fille Olympe épouse Pierre François de Siry comte de Marigny, conseiller du roi. Leur fils Hugues Oudart Isidore François de Siry sera le dernier marquis de Savignies, emprisonné à Chantilly sous la terreur il en réchappe grâce à la chute de Robespierre et meurt à Mouchy Le Châtel Le 24 Thermidor an IV(août 1796).
Les armes des Siry (5) sont à la clé de voûte de la chapelle seigneuriale.
Sous l’autre clé de voûte les armes de Louise Thérèse de Goussancourt de Grivennes (6), épouse d’Hugues Oudart François.
Le dernier blason (7) qui orne cette chapelle. au pillier du centre du mur Est, pourrait être mi-parti celui de Louise Amicie, l’aînée de Siry et mi-parti celui de son second mari, le baron Vbeleski.


Les statues

L'église possède également un certain nombre d’anciennes statues en bois polychrome. De part et d’autre de l’autel latéral, le patron de l’église, saint Remi et la patronne secondaire sainte Clotilde, 2 statues plus récentes et de moindre intérêt. En revanche, dans la fenêtre au dessus du gisant un Dieu de pitié et à droite une Vierge à la grappe de raisin ; près de la sacristie un saint Eloi patron des orfèvres, en face Saint Nicolas et les enfants qui sortent du saloir. Dans la nef, au sud, une sainte Catherine d’Alexandrie, docteur de l’Eglise et martyre terrassant les philosophes envoyés par l’empereur Maxence pour disputer avec elle ; puis une sainte Barbe patronne des pompiers qui a perdu sa tour; au dessus de la porte, une piéta ; enfin un saint Roch qui a perdu son chien. En face, sur le mur nord, dans une petite niche, une autre petite piéta. Toutes ces statues anciennes et en chêne sont difficiles à dater car elles sont probablement le produit d’artistes locaux s’inspirant souvent d’oeuvres célèbres.
Il faut s’attarder sur les deux statues du mur nord car elles sont en terre cuite et oeuvres d’artisans locaux. Saint Maximin d’abord, don fait en 1901 par une famille du village, moulée cuite et peinte par des potiers de Savignies: hommage de la poterie qui s’éteint, (le dernier four s’arrête en 1909) à l'agriculture qui reste depuis lors la dernière activité du pays.
L’autre statue faite par les mêmes potiers en 1902 est un don en partie de l’institutrice laïque de l’école des filles de Savignies : sainte Anne apprenant à lire à La sainte Vierge, quoi de plus symbolique pour une enseignante. Nous sommes entre les Lois de Jules Ferry et les lois de séparation de l'Eglise et de l’état, en pleine querelle religieuse. De plus, il y avait à Savignies une florissante école de filles tenue par des religieuses. En 1882, un différent entre la directrice et les parents conduit le conseil municipal à demander le changement de celle-ci, l'ordre religieux se fait tirer l’oreille, l'inspecteur d’académie en profite pour envoyer une institutrice laïque : mécontentement durable d’une bonne partie de la population. Est-ce par volonté d’apaisement que l’institutrice fait don de cette statue?


La sacristie Construite au XVIIIè siècle par le comte de Siry de Marigny, la sacristie est remarquable par ses boiseries. Au sortir de celle-ci le regard tombe sur l’obituaire, grande pierre calcaire où sont gravés les noms des généreux donateurs de la paroisse avec sonneries de cloches et offices auxquelles ils ont droit. On dirait que la pierre a été effacée, peut-être après la vente des biens de la fabrique à la révolution plus de biens, plus de prière. Et ceux qui sont repassés en noir correspondent aux anciens seigneurs et anciens curés. Peut-être a-t-on voulu, lors du rétablissement des conseils de Fabrique en l’an XIII honorer à nouveau la mémoire de ceux à qui on devait cette église et ses ornements? Cette pierre a été gravée en suite du terrier de la fabrique dressé par Pierre Fauconnier commissaire à terrier qui réside au château d’Herculez avec femme et enfants jusqu’à sa mort en 1776, il sera d’ailleurs enterré dans le cimetière de la paroisse. Sa femme, Marie Margueritte Carlier décédée en 1766, est enterrée dans la nef au pied du mur sud; une pierre de ce mur en porte l’inscription.


Un vitrail étonnant

L'ouverture ogivale, dans le mur sud, au dessus de l’harmonium, s’orne d’un vitrail restauré depuis peu représentant les instruments de la crucifixion, tels, ou peu s’en faut, qu’on les voit sur le plat de la Passion. Il s’agit peut-être du vitrail de la corporation des potiers de Savignies qui s’étaient placés sous le patronage du Saint Sacrement. En effet une rue du centre du village s’appelle rue du Saint Sacrement, la fête des potiers était la fête Dieu ou fête du Saint Sacrement avec procession dans les rues et reposoirs devant les maisons des potiers. Si le plat de la Passion représente sur son aile les symbole du Vendredi Saint, le centre du plat représente, semble-t-il, l’hostie dans la lunule de l’ostensoir rayonnante comme un soleil. Dans la vitrine au fond de l’église ont été rassemblés les ornements sacerdotaux brodés au fil d’or et les ostensoirs utilisés lors de ces processions.

Et Clovis dit..
Avant de sortir, au fond de la nef, on voit deux représentations du baptême de Clovis. L’une sur une bannière de procession, l'autre, une immense toile, don de la famille de Siry. Les personnages sont en costume du XVIIIè. Baptême et sacre sont confondus avec d’une part la cuve Baptismale sur laquelle s’incline le roi des Francs et d’autre part la colombe qui apporte la sainte ampoule pour l’onction royale. Cette présence de Clovis dans l’église s’explique par le patronage de Saint Remi mais aussi par une vielle légende locale. Sur le territoire de la paroisse, près du Détroit, aujourd’hui commune de Pierrefitte, un lieudit s’appelle le camp du roi, la légende veut que ce roi soit Clovis qui y aurait prononcé le fameux « souviens-toi du vase de Soisson » en fracassant de sa francisque le crâne du soldat qui lui avait contesté la possession du célèbre vase.