La poterie - Histoire


Les poteries de Savignies sont de la plus haute antiquité d'après Cambry. Graves, nous dit: "On sait que Savignies est, depuis une époque qui se perd dans le moyen-âge, le centre d'une fabrique considérable de poterie de grais". Les plus anciens lit de tessons trouvés datent du XIIe siècle. La géologie particulière du site explique bien évidemment ce développement.
C'est à partir du XIVe siècle que la renommé des poteries de Savignies va s'accroître. Les témoignages de cette époque sont nombreux :
François Rabelais parle des poteries de Savignies.
Bernard Palissy les célèbre Il y en a une espèce à Savigny en Beauvoisis que je cuide qu'en France n'y en a point de semblable, car elle endure un merveilleux feu sans être aucunement offensée et a ce bien là, de se laisser former autant tenue et déliée que nulle des autres.
Antoine Loisel Jurisconsulte français (1536-1617) assure qu’elles fournissent non seulement la France, mais l’Angleterre, les Pays-bas, etc ...
Jean Antoine de Baif dans un livre imprimé en 1536 parle des pots de Beauvais ou de Savignies.
Quand les princes passaient autrefois par Beauvais, on leur donnait de poteries de Savignies, de tels présents furent offerts à Louis XII, à François Ier, etc... De la fin du moyen âge jusqu'au XVI e siècle Savignies était donc renomé pour sa poterie d'art. Les potiers se répartissaient en deux catégories : les potiers de grès et les plommiers, le nom de ces derniers vient de ce qu'ils utilisaient des sels de plomb pour obtenir des vernis.

Mais l'arrivée de la faïence, puis de la porcelaine va détroner la vaisselle de terre. Les productions vont devenir plus utilitaires, vaisselles, pots et jattes, gourdes, bouteilles et encriers. On y cuit aussi des tuyaux pour les drainages et autres canalisations puis, avec l'essort de l'industrie chimique, on fabrique des touries pour le transport des produits acides. Il faut aussi signaler la production de fontaines, qui, jusqu'a l'arrivée du réseau d'eau potable, permettra d'avoir de l'eau propre dans les foyers.

Jusqu'au début du 19e siècle Savignies est toujours un centre potier important, c'est dans ce contexte que Cambry fait cette description remarquable du village : "Il n’est point d’aspect aussi bizarre que celui de ce tas de maisons séparées, placées sur un terrain inégal, et formant cependant une espèce de rue : au milieu d’énormes monceaux de fagots et de bois qui les rapprochent, et des arbres qui les dominent ; c’est un bûcher immense qui n’attend qu’une étincelle pour s’embraser, et qui, par un miracle de toute heure et de toute minute, subsiste au milieu de vingt-cinq fours allumés, et dans une incroyable activité, laissant par cent crevasses échapper des torrents de flammes, d’étincelles, et de fumée. Tous les toits sont couverts de chaume au milieu de ces fournaises ardentes ; mais sans doute un dieu les protège, comme ces grands vaisseaux qu’une planche sépare de l’abyme. Les maisons, les cours, des planches rangées par étages, sont couvertes de poteries ; les murs sont faits d’une espèce de glaise, remplie de tessons, de pots cassés, de cruches d’un aspect singulier. Chez un de ces potiers, à la bouche d’un four, le corps d’un orme, élevé, nu, sans écorce, est chargé de petits pots de grès, asyle d’un million d’oiseaux ; il se marie avec toutes les pointes saillantes du paysage, et de près rivalise avec le clocher du village..J’ai fait dessiner cet étrange aspect ; c’est un des plus jolis tableaux de mon voyage." Tremblay - Notice sur la ville de Beauvais et les cantons de Beauvais - 1815.

La difficulté à s'approvisionner en argile qui apparaît dès le XVIII e siècle et la baisse importante des ventes à partir de 1830 signe le déclin de cette activité. La dernière fabrique fermera en 1909.



- Le christ en croix avec Marie et St Jean (1)
- La trahison de Judas symbolisée par les 30 deniers encadrés d'une lance et d'un roseau surmontée de l'éponge (2)
- L'arrestation au mont des Oliviers (représentée par la bourse de Judas, la lanterne et l'épée avec laquelle Pierre va trancher l'oreille de Malchus) (3)
- Scène de la flagelation plus le coq qui chante au reniement de pierre (4)
- La crucifixion (echelle, marteau, clous, tenailles et le vase contenant l'eau vinaigrée) (5)
- Tirage au sort de la tunique avec les trois dés (6)

Les écus représentent : Le monogramme du Christ (a), L'écu royal de france avec les trois fleurs de Lis (b), Les lettres MASSE signifiant peut être la masse d'armes (c), un blason mystérieux (d), blason d'Anne de Bretagne (e), blason du Dauphin (f)

Le fond du plat se décompose ainsi: Autour la salutation angélique AVE MARIA dont les lettres sont séparées par 2blasons reproduits quatre fois: l'un avec une seule fleur de lis, l'autre représentant un K(Karolus?) ou Fr (Franciscus). Le motif central, le plus important, représente le monogramme IHS Jesus hominun salvator, c'est l'hostie sacrée. Le culte de saint sacrement était très fort à Savignies puisque les potiers étaient sous son patronnage.



La poterie - Aujourd'hui


Jean Louis Nigon et Monique Lesbroussart continuent la tradition et inventent de nouvelles formes et de nouveaux émaux. C'est le retour de la poterie d'art.

Après avoir choisi minutieusement leurs argiles, Jean Louis travaille la plupart du temps en utilisant la technique la plus perfectionnée, celle du tournage.




Le tour se compose d'un plateau rotatif appelé girelle. Après avoir disposé une motte d'argile au centre du plateau, le potier centre sa terre puis la façonne. Le tournage ne permet d'obtenir que des pièces de révolution, qui peuvent être cependant déformées ensuite (ex. bec verseur d'un pot). Ces pièces sont plus légères que celles obtenues par d'autres techniques (hormis le moulage) mais le tournage nécessite un apprentissage technique prolongé, c'est un métier en soi.
Une légende locale illustre parfaitement l'art du tournage. En effet Saint Pierre et Jésus Christ sont venus visiter ces lieux (Cambry). Saint Pierre voulut tourner un pot, mais à peine avait-il réussi à faire s'élever l'argile, toujours celle-ci retombait sur le plateau. Alors Jésus lui aurait dit : "Mouille, Pierre, mouille"


Monique travaille l'argile par modelage, cette technique consiste à mettre en forme de la terre par pression des doigts.
Quelques pièces sont enfin réalisées par moulage (fèves, Plat de la Passion). Les pièces sont alors mise à sécher sur les étagères de la boutique.
Pour la cuisson, Jean Louis et Monique mettent les différentes pièces obtenues précédemment dans un four à gaz à une température de 850 à 1000°C pendant environ 8 heures. On obtient alors le « biscuit ». Les pièces sont ensuite décorées et émaillées puis sont remise au four pour la cuisson finale.
La poterie est alors terminée.


C'est donc au 1 de la rue Butée que vous pourrez découvrir leur travail. Dans la boutique vous trouverez des créations originales, quelques reproductions de grès anciens et des poteries vernissées décoratives et utilitaires. A coté de l'atelier, vous découvrirez un petit musée qui contient quelques pièces retracant l'histoire de la poterie locale.

Quelques Photos


La poterie à Savignies sur France 3